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De quoi la « chasse de tête » est-elle le nom ?

De quoi la « chasse de tête » est-elle le nom ?

De quoi la « chasse de tête » est-elle le nom ?

De quoi la « chasse de tête » est-elle le nom ?

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J’avais du mal avec ce concept de « chasse de tête ». Comme à chaque fois que j’ai du mal avec quelque chose, je bosse le sujet pour m’en faire un avis. Du coup, je te partage ce que j’ai appris de la « chasse de tête ». Notamment en tentant de répondre à des questions comme : en quoi consiste-t-elle ? D’où vient-elle ? Faut-il faire une distinction avec l’approche directe ?

Avant de commencer, dégonflons le complexe d’un nom comme « chasseur de tête ». Personnellement, à chaque fois, je projette dessus l’image d’une tribu mésoaméricaine. Tribu avec la particularité de collectionner les têtes de ses ennemis après chaque affrontement.

Effrayant, n’est-il pas ?

Il faut le dire, le nom de « chasse de tête » a quelque chose d’intimidant. Ceci dit, cela n’a rien à voir à proprement dit avec la chasse de tête. Il faut comprendre « chasse de tête » comme « chasse de tête pensante ». Si tenté que cela soit plus clair. Je ne connais pas de tête qui ne pense pas.

Mais … j’arrête là mes peccadilles.

En réalité, par « têtes pensantes », il faut entendre les cadres dirigeants. Autrement dit, « chasser les cadres dirigeants ». Les chasser pour quoi faire ? Je te le donne en mille :

Les recruter pour une entreprise différente de la leur.

Tu me suis ?

Très bien, on continue. D’où cela peut-il bien venir ?
Qui a eu, un jour, cette idée folle d’aller chasser directement les blancs cols ? (c’est juste pour la rime ^^)

C’est Sydney Boyden.

Alors, je te remets en situation. On sort de la seconde guerre mondiale. L’économie reprend de plus belle sauf que …Il y a un cruel manque de dirigeants et cadres supérieurs. Vient alors Sydney Boyden. Ce dernier imagine une chose ubuesque pour l’époque : contacter directement les cadres dans les entreprises pour les convaincre de changer de poste. Nous sommes en 1946, il vient d’inventer l’ « Executive Search ».

Dans son approche, l’hypothèse qu’il valide est la suivante :

Le fait de ne pas se déclarer « candidat » ne signifie pas qu’on ne puisse pas le devenir.

C’est novateur.

En effet, pour l’époque, la grande majorité des candidats se déclarait en tant que tels. Soit par le biais d’annonces ou bien par le réseau. Par conséquent, le marché de l’emploi était limité aux personnes qui se déclarent disponibles. Avec Sydney Boyden, le marché de l’emploi s’élargit à tout le monde, sans exception. Du moins, dans son approche, aux cadres dirigeants.

Or, la catégorie des personnes en poste qui ne s’est pas déclarée candidate ne s’adresse pas de la même manière que les autres. La « chasse de tête » va permettre de développer « l’approche directe » dans le sourcing.

Pour te la faire simple, le sourcing a deux activités :

– La première est de stimuler les personnes pertinentes pour le poste afin qu’elles viennent postuler spontanément. Ce peut être par la diffusion d’annonces bien rédigées notamment ou bien par des opérations marketing de recrutement par exemple.

– La seconde consiste donc en l’approche directe. Par conséquent, solliciter la candidature de personnes pertinentes qui n’auraient jamais songé à postuler. Il s’agit donc le plus souvent de personnes déjà en poste et pas visiblement en recherche.

Néanmoins, de cette vision très théorique, la « chasse de tête », en pratique, a beaucoup évolué en 70 ans.

En effet, la substance même de la « chasse de tête » s’est diluée au grès des années. Ainsi, il existe des cabinets de « chasse de tête » qui diffusent des annonces. Également la notion même de « têtes pensantes » au titre de « cadres dirigeants » a pris d’autres couleurs. D’une manière générale, la « chasse de tête » a pris le champ des cols blancs. En effet, aujourd’hui, être cadre est désormais un statut plus qu’une réalité : tu peux être cadre sans personne à encadrer. Il arrive même que rentre dans son champ de compétences le recrutement de techniciens ou d’agents de maîtrise qui exercent des métiers très pénuriques.

En définitive, le curseur de distinction de la « chasse de tête » s’est déplacé au fil des années pour passer de la position hiérarchique au salaire du poste à pourvoir. Le salaire servant, par ailleurs, à établir le prix de la prestation. Autrement dit, à partir d’un certain salaire, fixé de manière arbitraire, c’est de la chasse et en dessous, ce serait de l’approche directe.

Je te le dis clairement : c’est la même chose !

Les distinguer, à l’orée de ce que je viens de présenter, n’a aucun intérêt. Enfin, si ! Il y en a un. Il faut l’admettre, la « chasse de tête » jouit d’un certain prestige. Le positionnement marketing doit avoir ses avantages.

Ceci posé, est-ce qu’il faut mettre tout le monde dans le même panier ?

Certainement pas. Si je remarque que la « chasse de tête » s’est diluée au grès des années, il existe encore des cabinets entièrement dédiée à cette activité au sens originel du terme. Autrement dit l’ « Executive Search ».

De nos jours, cela se traduit par la « chasse de tête » de personnes tellement éloignées de leur boîtes mail qu’il faille déployer des trésors d’imagination pour les contacter puis, les convaincre de rejoindre une autre société.

Ces personnes sont, pour la plupart, des cadres dirigeants de multinationale.

Leur particularité ? Ils sont une star de leur métier. Tout le monde les connaît dans le milieu. Ils sont identifiés et identifiables.

Par contre, elles sont très difficiles d’accès dans la mesure où, généralement, elles ne gèrent pas leur compte mail, ils ont un assistant qui gère tout ça. Ils n’ont pas d’agent de carrière comme pour les footballeurs. Ils bénéficient souvent d’une conciergerie de luxe.

C’est le genre de conciergerie qui s’occupe de toutes tes tâches administratives personnelles comme payer tes impôts, régler tes factures, te trouver une nounou et cela, généralement, est payé par l’entreprise qui l’emploie.

Pour t’illustrer une telle « chasse de tête ». Je vais nous mettre en situation.

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Une entreprise A te contacte pour aller débaucher X dans l’entreprise B.

Car oui, pour éviter des risques de collusion et d’accusation de débauchage illégal, il vaut mieux passer par un tiers pour sonder X.

Ce dernier a une assistante dédiée en charge de filtrer ses appels et ses mails pour lui permettre, notamment, de se concentrer sur les activités stratégiques. Je ne te dis qu’il faille passer le standard là. Non. Il faut non seulement passer le standard mais également la personne qui a l’agenda de X sous ses yeux pour vérifier s’il attend ton appel.

Alors, comment faire ?

Là, la « chasse de tête » prend une tournure cinématographique. Tu dois non seulement imaginer des scenarii pour surmonter les obstacles du standard, de l’assistante, de l’agenda mais aussi, faire de l’espionnage à la James Bond pour découvrir ses hobbies afin de le surprendre, par inadvertance, à la sortie de sa partie de golf, d’un concert ou de son restaurant préféré avant de passer, à son « profilage » pour déterminer ses moteurs.

Tout ça pour qu’il accepte de te parler d’abord, de parler de changer de poste ensuite et de le convaincre de le faire enfin.

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Cela donnerait presqu’envie de s’y mettre, n’est-ce pas ? Ici, seulement, je pourrais dire qu’il s’agit de « chasse de tête » au sens originel du terme.

Je l’admets, ceci dit, cela reste très cinématographique. Cependant, en conclusion, ce qu’il faut en retenir ce sont deux choses.

La première est que la « chasse de tête » s’est largement démocratisée sous l’effet double de ne plus se consacrer exclusivement à l’approche directe mais aussi, en choisissant comme critère de distinction non plus la position hiérarchique mais le salaire du poste à pourvoir. Il n’y a donc aucune raison de l’opposer à l’approche directe comme si cette dernière serait une sous-catégorie de la première. Dans la pratique, l’approche directe est la « chasse de tête » et vice-versa.

Bien sûr, je n’oublie pas que certains sont restés fidèles à l’idée originelle de la « chasse de tête ». Seuls ces derniers devraient encore se faire appeler « chasseurs de têtes ».

Mais bon … les choses ont changé.

Et toi ? T’en penses quoi ?

Commentaires

  1. Merci Mohamed ! Je te rajouterai bien quelque chose. Depuis que Linkedin et Twitter existent, je me demande ce que font les chasseurs de tête… Je fais de l’approche directe (et aussi de la com), j’ai pu avoir sur Twitter (en 2 minutes) et sur Linkedin (en moins d’une heure) des réponses de personnes que je pensais ne jamais arriver à approcher. Linkedin et Twitter signent la fin des James Bond… girls (aussi)

    1. Merci Diane pour ton commentaire 🙂
      Tu fais bien de souligner cela. A l’origine, dans la première version de mon article, je parlais que l’accès à l’information sociale, autrement dit, l’information sur les gens s’étaient « commoditisé ». Du coup, par cette évolution, la valeur ajoutée de la chasse de tête s’était diluée car il existait désormais, l’équivalent de « moteur de recherche » de personnes accessible à tous.

      Alors, j’ai laissé tombé cette précision ^^

      Par contre, je te confirme qu’il y a bien des personnes qui reste très éloignées des réseaux sociaux. Pour elles, la chasse de tête au sens originale reste de vigueur. Je te dis ça car j’ai eu le cas récemment d’un ami à qui, son client, lui a donné une short-list de 3 personnes à aller contacter pour lui. Il avait les noms et toutes les infos mais démarrer une conversation avec elles s’avèrent particulièrement ardu. C’est pour cela que les entreprises peuvent faire appel à lui et aussi, il ne faut pas le nier, pour éviter tout risque juridique concernant l’approche surtout quand les dites entreprises évoluent dans le même secteur.

      1. Si l’approche dans le dur, hors des réseaux sociaux, des alumni… avec scenarii d’approches et tuti quanti est plus marginale aujourd’hui, certains postes ne nous laisse pas le choix… J’en fait un par an… Le cas où un client nous donne les noms de personnes à approcher spécifiquement pour prendre la température est plus classique…

  2. Personnellement je me suis fait « chasser » une fois dans ma vie de cadre et effectivement le salaire était la carotte ! Mais en fait d’être chassée c’est moi qui suit venu à « chasser » mon propre poste car une fois en entretien le recruteur s’est aperçu que je serais plutôt mieux faite pour un second poste sur lequel il chassait et que j’avais remarqué . Alors méfions nous du « chasseur de tête » car lorsqu’il officie trop librement il peut y avoir des têtes qui tombent sans avoir rien demandé
    Enfin point de vue du mot « chasse de tête » je trouve cela galvaudé. Je recherche un talent , je découvre un porteur d’opportunités , je communique un esprit et une valeur d’entreprise , il y a tellement d’autres termes que chasse , si ce n’est pour un commercial qui effectivement « chasse » ou « élève ».

  3. Excellent article as usual.
    Les chasseurs de tête au sens classique on les trouve sans doute encore dans les grands cabinets d’executive search dont on ne présente plus les noms maintenant. Vous voyez certainement desquels je veux parler.

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