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Pourquoi les recruteurs ne savent pas dire « non » à un candidat ?

13 minutes de lecture

J’avais prévu une longue introduction mais, les longs discours, c’est pour les longs métrages ^^

Je vais donc être direct.

C’est bon ?

Alors, on y va 🙂

Tu veux une vérité ?

Peu de recruteurs savent donner les raisons d’un refus à un candidat.

Voilà, c’est dit.

C’est le constat en tout cas que je fais.

Pourtant, donner des « non » de qualité c’est se constituer un vivier attentif, enthousiaste et disponible quand tu le sollicites par une annonce ou une approche directe.

C’est comme si tu avais une mini-cvthèque à toi, gratuite de candidats prêts à te rejoindre et en partie qualifiés.

Prends par exemple chez nous Morgane Sch …Sh …bon, je ne sais pas écrire son nom. On va dire Morgane tout-court ^^

Bah Morgane tout-court, on lui avait dit « non » en 2018.

Pourtant, elle est revenue postuler chez nous en 2019 et …BINGO 🎉

La différence entre la Morgane de 2018 et celle de 2019 ?

1 an d’expérience personnelle qui ont changé radicalement notre évaluation.

Aujourd’hui, elle est notre meilleure commerciale. Elle bat même un vieux briscard comme Thomas Dutrieux :p Pourtant, la vente n’est pas son métier de base.

Ainsi, la compétence à donner un « non » de qualité est un art de sourcing massif très sous-estimé.

En effet, la plupart des recruteurs ont pour vivier un cimetière de candidatures et, préfèrent vivre avec le fantôme des candidats 👻 auxquels ils n’ont jamais répondu.

Pourquoi ce constat ?

C’est ce que j’essaie de comprendre aujourd’hui.

Et pour moi, il y a trois explications : l’absence de volonté, de pouvoir ou de savoir …voire les trois à la fois.

Le vouloir

Parmi les recruteurs, une maladie se répand très vite et, ce n’est pas le covid. C’est la maladie « Indépendance Day ».

La particularité de cette maladie, c’est comme dans « Indépendance Day » voire n’importe quel film catastrophe d’ailleurs, t’as beau avoir 95% de la population décimée mais tant que le héros ou l’héroïne s’en sort à la fin, tu restes content.

C’est un peu toi quand tu as le candidat qu’il te faut, les autres peuvent bien s’oublier.

Triste constat à mes yeux mais ça existe 😥

Y a des recruteurs qui se tartinent d’indifférence quand il s’agit des candidats.

Aussi, d’autres recruteurs se refusent à motiver leur refus car …c’est parfois beaucoup d’effort pour peu de gratitude.

Tu imagines ?

Toi, tu prends le temps de faire un retour constructif, professionnel et encourageant mais négatif et on te répond ça :

C’est sur, c’est décourageant.

Il faut être solide mentalement pour encaisser de tels retours.

Ceci dit, il serait hypocrite de dire que tu fais ça pour obtenir de la gratitude. Tu fais ça surtout car c’est la bonne chose à faire.

Qu’importe la réponse derrière, l’important c’est d’être fier et en accord avec ta position de recruteur. Répondre à tous les candidats même face à l’apocalypse car parfois derrière, y a peut être un Mohamed de 2013.

En effet, à cette période, j’aurais apprécié avoir un retour car le silence assourdissant des recruteurs me donnait le tournis.

Pourtant, j’avais fait 311 candidatures motivées en 4 mois sans jamais recevoir de réponse. Même après entretien. Bon, j’en avais eu qu’un ^^

Ceci dit, je me souviens très bien des emails d’accusé de candidature avec la phrase toxique : en l’absence de retour de notre part d’ici X semaine bah … va cueillir des champignons 🍄 en Papouasie.

Bref.

Pour survivre à ça, j’avais même fait un questionnaire de satisfaction post-candidature pour recueillir des avis pour les améliorer. J’en ai même gardé une archive à consulter ici

Et, tu sais quoi ?

Même avec ça, je n’ai pas eu de retour. Je l’avais bien envoyé près de 100 fois 😅

C’est d’ailleurs à ce moment-là, posé devant mon ordi windows 2010, que j’ai eu le déclic : candidat n’est pas un métier.

J’étais en train de devenir un candidat professionnel au lieu de rester un professionnel candidat.

Depuis, je rappelle cette ligne à chaque occasion : candidat n’est pas un métier.

À l’inverse, recruteur en est un.


Le pouvoir

Maintenant, un recruteur a beau être un métier, parfois on peut littéralement pas argumenter un « non » à un candidat.

Ce n’est pas une question méthodologique mais, psychologique.

Autrement dit, c’est mentalement difficile de dire « non »

Par exemple, dans une expérience de Bohns, publiée dans Personality and Social Psychology Bulletin, plus de la moitié des gens ont accepté de dégrader un livre de bibliothèque (en écrivant le mot cornichon au stylo) à la demande d’un intervieweur de la bibliothèque.

Tu veux savoir pourquoi ?

Dire « non » leur était insoutenable et ce, même s’ils avaient des objections comme « ça ne se fait pas de blesser un livre »

Pourtant, ils l’ont fait et, ils l’ont fait par sympathie.

Oui, oui.

Tu as bien lu : « par sympathie »

La sympathie, étymologiquement, c’est souffrir avec.

Du coup, tu présumes la souffrance que ton « non » peut engendrer chez l’autre mais, tu ne veux pas souffrir du rejet avec la personne donc, tu t’abstiens de toute réponse.

Pas la meilleure chose à faire.

C’est comme si dans une relation amoureuse tu ne répondais plus aux textos. L’autre est censé comprendre que vous avez rompu.

Histoire vécue et je confirme ! moi, j’avais pas compris ^^

Maintenant, sympathie, ce n’est pas envoyer une playlist de chansons de remotivation.

Ne fais pas ça ❌

Absolument.

Je répète.

Ne fais pas ça

Oui, je sais ! On a partagé l’initiative comme un exemple magnifique (sic) Perso, jamais j’aurais permis ça si j’avais été encore dans la boîte.

Ça sonne bien sûr comme une bonne idée mais, clairement ! c’est un manque de d’empathie horrible à l’égard des candidats.

En somme, si je caricature la situation, t’as un candidat qui te dit : « Bonjour, je veux travailler avec vous »

Derrière, on lui répond : « Non, va danser »

Tu lis la violence du truc 💢

Il faut garder en tête que chaque candidature dissimule une boîte avec un espoir. Si l’espoir s’envole, le désespoir se présente.

Et, on ne répond pas au désespoir par du zouk 💃

Après, je comprends l’intention et, je ne la juge pas. Je dis juste que pour remotiver un candidat il existe d’autres moyens.

Par exemple, montrer qu’on a bien lu son CV, c’est déjà pas mal. Sinon, notre Aurélien a écrit un template sympa sur comment rédiger un retour négatif.

Puis, faire le relai des candidatures auprès d’autres recruteurs comme par exemple, le Slack des recruteurs Recruiter’s Kitchen et son coin dédié #candidat.

Bref, pas de playlist 🎶 s’il te plaît ^^

Sinon, sur un autre point concernant le refus, on nous demande beaucoup de motiver une décision qu’on n’a pas prise.

En effet, un recruteur ne recrute pas.

Je te la refais au ralenti, en gros, en gras et en majuscule celle-la 😀

UN RE-CRU-TEUR NE RE-CRU-TE PAS

Je m’explique.

Nous avons le nom d’un verbe qu’on ne conjugue pas ^^

Ça donne une situation cocasse.

On est recruteur mais … on ne recrute pas.

Qu’on soit en cabinet ou en entreprise d’ailleurs.

Va expliquer ça aux gens dehors 😀

En effet, c’est le manager direct ou le client final qui recrute en définitive.

En tant que recruteur, tu n’es ni à l’origine et ni à la conclusion de celui-ci, tu ne fais que l’accompagner.

Autrement dit, un recruteur ne recrute pas, il accompagne au recrutement.

Du coup, quand vient la décision de recruter et, qu’il faut choisir entre plusieurs candidats, la voix du client/manager prime sur la tienne.

Alors, s’il décide de faire fi de tes recos pour suivre son feeling. Il a ce luxe.

Aparté –

Si des gens pensent avoir le feeling dans le recrutement, un conseil : jouez au loto, vous aurez vos chances si votre feeling est si bon que ça.

Fin de l’aparté.

Au final, le manager/client laisse au recruteur la gestion des réponses négatives. Que ce soit au niveau du CV ou après entretien.

Va donc expliquer aux candidats non-retenus que le recrutement s’est fait au feeling, ou bien, qu’ils n’ont pas fait la bonne école ou encore, le candidat recruté a une volkswagen tuning 🚗 du même modèle que le manager.

Là, t’es démuni; tu laisses tomber.


Le savoir

À présent dernière explication pour comprendre pourquoi les recruteurs ne donnent pas de retours négatifs : c’est parce qu’ils ne savent pas.

Il s’agit là de l’explication la plus importante.

En effet, souvent ce n’est pas parce que tu ne veux ou peux pas dire « non » que tu ne le fais pas. C’est surtout que tu ne sais pas.

En clair, tu ne veux ou peux pas faire ce que tu ne sais pas faire.

En l’occurrence, ne sais ni dire « non » ni l’expliquer.

Logique.

Tu ne sais pas le dire car dire « non » demande autant sinon davantage de compétence que savoir dire « oui ». Or, personne n’est vraiment formé à annoncer les mauvaises nouvelles.

Tu ne sais pas l’expliquer, car pour annoncer une mauvaise nouvelle, encore faut-il être solide sur sa décision.

C’est mon dernier point et ça se joue en un set.

Tu ne fais pas de recrutement avec la méthode des entretiens objectifs ? Tu n’as pas d’excuse.

L’entretien objectif est un fondamental.

Il existe plein de ressources pour te former que ce soit des articles gratuits, le livre référence ou même nous, car on propose la formation avec notre parcours.

Un recruteur qui ne sait pas faire des entretiens objectifs c’est comme un médecin qui ne connait pas la biologie humaine. Il ne devrait pas exercer.

En effet, un entretien objectif te permet d’obtenir trois réponses :

  1. Le profil idéal
  2. Le candidat disponible à recruter
  3. Les candidats à écarter

Ainsi, tu vas pouvoir évaluer tout le monde selon les critères du profil idéal et, ne garder que celle ou celui s’en approchant objectivement le plus.

Donc, au final, les raisons pour lesquelles tu recrutes quelqu’un en particulier vont révéler celles pour lesquelles tu écartes les autres.

Voilà ici, une information précieuse au moment de motiver un refus.

Qu’en penses-tu ? 🙂


CONCLUSION

Bon, en définitive, le recrutement est un continent avec trois pays quand il s’agit de ne pas répondre aux candidats :

  • Ceux qui ne veulent pas
  • Ceux qui ne peuvent pas
  • Ceux qui ne savent pas

Pourtant, c’est à cette cheville que se fait un sourcing de qualité et surtout, gratuit. Il n’est donc pas une question de temps ici.

Dire qu’on ne répond pas car on n’a pas le temps, c’est comme dire qu’on n’a pas le temps de mettre de l’essence car, on part en vacances.

Ne vient pas te plaindre après si t’es en panne entre Mantes-la-Jolie et la Normandie après 😀

En cela, savoir fermer la fenêtre sans fermer la porte est un génie 🧞 dont peu de recruteurs savent frotter la lampe.

Oui, relis cette phrase à plusieurs reprises, c’est une inception : une métaphore dans la métaphore ^^

Il existe maintenant une solution abordable avec la méthode des entretiens objectifs. Ça reste un continent inexploré par beaucoup même s’il est habité. Il est habité par les recruteurs qui savent répondre « non » aux candidats 😉

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Les commentaires

  1. Tellement d’accord !!!
    Alors moi je galère avec les réponses négatives, en grande partie parce que ce sont les managers qui écartent sans donner d’explication et c’est moi qui réponds négativement ! Et si je demande des explications je leur fais perdre leur temps !!!
    Bref… j’ai un long chemin pédago-éducatif devant moi vis à vis des managers de ma boite 😉

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